4. Evolution de l’offre – Les vols Charters, un nouveau complément pour enrichir et augmenter l’offre ?

4. Evolution de l’offre – Les vols Charters, un nouveau complément pour enrichir et augmenter l’offre ?

Lettre de Veille Japon Septembre 2017

 

Alors que la desserte directe du Japon vers Paris se contracte, d’autres  alternatives s’offrent à la clientèle japonaise : la multiplication des compagnies proposant des vols indirects mais aussi la montée en puissance des aéroports régionaux (où les arrivées dans des aéroports frontaliers) qui correspond à la demande d’une part croissante, même si minoritaire, de clientèle plus mature de répétiteurs à la recherche de nouvelles destinations en France

 

Deux phénomènes concomitants se sont déroulés en 2015 et 2016 au Japon. Un envol  des arrivées de Français au Japon : après un retour au niveau pré-Fukushima depuis 2013, les Français continuent à venir de plus en plus nombreux : ils étaient moins de 180 000 en 2014 et plus de 250 000 en 2016! Parallèlement, principalement en raison des attentats terroristes en France, les arrivées de Japonais en France ont diminué légèrement en 2015 (682 000 arrivées) après une belle année 2014 puis très fortement en 2016 (-39,7% soit env. 400 000 arrivées). Les avions des compagnies aériennes proposant des vols directs entre le Japon et la France ont vu la proportion de clients japonais, jusque-là largement majoritaires, être rattrapée par cette clientèle française grandissante (particulièrement chez Air France). Conséquence, avec des flux globalement en baisse, la voilure de la desserte aérienne directe entre les deux pays a baissé en 2016, les compagnies regardant avant tout leur revenu moyen par siège (yield).
Avec le retour des Japonais en France depuis le premier semestre 2017, les avions ont de nouveau de très bons taux de remplissage. Ainsi, en mai  (Golden Week pour les Japonais, ponts et saison haute pour venir au Japon) ou à l’été 2017 – deux saisons hautes pour l’inbound et l’outbound des deux marchés,  la demande a souvent excédé l’offre, faisant grimper les prix et handicapant particulièrement les agences de voyage et tour-opérateurs spécialisés dans les grands groupes.

 

Haneda-Narita, des stratégies qui diffèrent en fonction des compagnies aériennes 
A cette situation vient s’ajouter l’enjeu des deux aéroports de Narita et Haneda autour de Tokyo. A l’origine Narita couvrait l’essentiel des vols internationaux et Haneda les vols domestiques et les low costs. Mais la situation est en train d’évoluer en raison d’une beaucoup plus forte proximité d’Haneda avec le centre de Tokyo. La clientèle affaires notamment préfère utiliser l’aéroport d’Haneda. La classe Affaires se vend mieux sur les vols Haneda-Paris CDG que sur les vols Narita-Paris CDG et par conséquent les compagnies aériennes ont un revenu moyen supérieur sur leurs lignes Haneda par rapport à Narita. Ce chiffre d’affaires est toutefois à fortement nuancer  par des couts fixes beaucoup plus élevés pour les compagnies aériennes à Haneda qu’a Narita. La marge dégagée sur Haneda n’est donc pas toujours supérieure à celle de Narita. Mais il semble que cette différence soit bien une des principales raisons de la fermeture de la ligne JAL Narita-Paris à compter du 28 novembre 2017, la compagnie conservant sa desserte quotidienne en provenance d’Haneda.
En revanche, Air France, conscient du retour des Japonais en France et qui connait actuellement des taux de remplissage particulièrement hauts, a décidé pour l’automne de changer la configuration de la coque de leurs Airbus 777-300 sur leur vol Narita. En supprimant les sièges Première et une grande partie des classes Affaires, AF va augmenter la capacité de leurs avions de plus de 80 sièges, soit l’équivalent de 560 sièges par semaine. En outre, sur le vol de jour à Haneda (leur vol de nuit est déjà à 7 vols hebdomadaires), AF va également ajouter un vol pour passer de 3 à 4 vols hebdomadaires et potentiellement augmenter encore cette fréquence en 2018 (annonce prévue en décembre 2017 à l’occasion des 65 ans d’Air France au Japon).   Globalement, cette offre supplémentaire d’Air France devrait donc plus que compenser l’arrêt du vol JAL Narita-Paris.

 

 

Les Charters, une alternative en période haute pour mieux desservir de nouvelles destinations
Sujet complexe car il demande la collaboration d’une destination, de deux aéroports, d’une compagnie aérienne et la volonté à minima d’une agence de voyage, les charters peuvent cependant être une excellente opportunité pour des destinations d’amener une nouvelle clientèle, de non seulement augmenter la concrétisation de ventes auprès d’un marché mais aussi  la notoriété. Les charters internationaux en partance du Japon concernent aujourd’hui essentiellement des destinations mineures qui n’ont pas de desserte directe (Bulgarie, Islande, Slovénie, etc.) ou des destinations plus connues mais ayant peu de vols et qui, en forte période de départs outbound, ont besoin de compléter l’offre régulière existante. Les coûts élevés de la mise en place du charter  peuvent être plus facilement réinjectés dans le coût de vente final en très haute saison lorsque ce dernier a l’habitude de payer plus cher.
A ce titre, des destinations en France et leurs aéroports pourraient développer une offre similaire.
Autre clé de la réussite, une exclusivité réservée aux clients du charter, du type réception privée dans un lieu exceptionnel de la destination, qui peut aider à la commercialisation du produit.
La difficulté est d’arriver à trouver la ou les agences de voyage prêtes à prendre le risque nécessaire   auprès de la compagnie aérienne car le charter ne sera rentable que s’il est rempli en quasi-totalité.
Pour une région, pour une marque de destination, pour un aéroport local, les avantages de la réalisation d’un tel produit  peuvent cependant être nombreux : séjour de plusieurs nuitées dans la région, venue d’une clientèle de répétiteurs à la recherche de nouvelles expériences et destinations en France,  arrivée directe dans l’aéroport, forte mise en avant du produit par la ou les agences de voyage le commercialisant et amorce d’une dynamique avec les agences de voyage concernées.
… Alors, les Charters, une bonne affaire ?

Sources : JNTO Japan National Tourism Organization ; DGE - Banque de France, enquête auprès des visiteurs venant de l’étranger (EVE)